Torchage ?
Un mot pour le moins incongru en ski-alpinisme, pourtant de plus en plus utilisé. Il suffit de consulter les comptes-rendus de sorties sur les divers sites internet dédiés au skirando. A ce demander d'ailleurs si cette expression n'est pas issue de ces publications sur le web où chacun est libre d'exposer son dernier "hold-up".
On remarquera que "torchage"/"torcher", tout comme leurs cousins "hold-up", "déchirer", "pulvériser" (gare à l'arroseur arrosé), "atomiser"... appartiennent plutot au champ sémantique de la destruction. Le ski, un sport de combat ? Peut-être. En effet faire du couloir, grimper une voie difficile pour son niveau, etc. s'apparente pas mal à une lutte même si en général l'adversaire n'est pas celui qu'on croit. Dans le fond le couloir, la face ou la voie sont des moyens d'expression dans le combat contre... soi-même ! Ce n'est pas un combat auto-destructeur. Je dirai que c'est plutôt auto-constructif : on fabrique son expérience, on travaille son niveau, sa volonté et ses souvenirs donc son histoire personnelle.
La personnification de l'objectif en tant qu'adversaire est une aide pour surmonter les difficultés : le sommet est loin ? la progression est difficile ? la pente est intimidante ? On s'laisse pas faire ! Il va voir de quel bois on s'chauffe ! On va lui n.quer sa r.ce ! (cette pensée - pas très élégante je le concède - me traverse parfois l'esprit quand c'est la galère, quand le but menace) C'est une sorte d'aide mentale, un support de la volonté.
Du coup le torchage est une concrétisation de cet effort sur soi-même qui a mené au succès de l'entreprise. De plus, le problème derrière soi, résolu et plus à faire apparait tout de suite plus facile. Fingers in the nose ! Tordu. Déchiré. Torché. L'exagération des termes traduit l'enthousiasme. Un peu le contentement de soi aussi.
D'ailleurs certaines fois, on se demande si certains "torcheurs" ne se la jouent pas un peu trop. C'est tentant, surtout quand on sait que la publication sur le web d'une course risque d'avoir de l'audience - en particulier si on a rentré une sortie difficile et donc qui sort du lot. Peut-être un moyen de se montrer, d'exister en tant qu'individu-skieur et pas seulement membre d'une vaste communauté skiante. A trop employer des termes grandiloquents, parfois on frise le ridicule. Un truc qui me fait sourire c'est quand je vois des photos avec un commentaire "X envoie du gros" alors que la position du sujet sur la photo n'est quand même que peu souvent spectaculaire. C'est la mode, aujourd'hui on torche, on envoie du gros. Sinon on est ringard.
Autre piste : le torchage... c'est quand on s'est chié ??