Evolution des noms en ski-alpinisme
En alpinisme puis en escalade on a observé un changement progressif dans la manière de nommer un itinéraire. A l'origine on se contentait des laconiques "arête N", "pilier W" et autres "face S" puis on a pris l'habitude de donner le nom d'un des ouvreurs aux nouvelles voies (ou d'un de leurs proches), par exemple la "Seigneur" aux Cornettes, le Pilier Bonatti aux Drus. De nos jours la tendance est plutôt aux jeux de mots, titres de livres ou de films ou autres concepts métaphysiques. Il semblerait que les noms des itinéraires de ski-alpinisme prennent le même chemin.
En effet parmi les traditionnels (et actuellement encore majoritaires) "couloir N", "face SE", etc. on trouve de plus en plus de noms plus "imagés". Comme pour l'alpinisme on note des itinéraires dont le nom est celui de l'auteur de la première comme par exemple le couloir Chauchefoin à l'Etale et même carrément des lignes désignées par un nom pour le moins original tels que la Diagonale du Goofy à Bionnassay, Castor et Pollux les couloirs jumeaux de l'Aiguille du Gouter ou une Echelle pour Jacquot (dédiée à Jacques Villecrose par des membres de la Voloteam qui l'ont descendue cette année).
Cette dernière pratique est encore marginale mais il y fort à parier qu'elle devienne un jour la norme. Après tout aujourd'hui il ne viendrait quasiment à personne l'idée de nommer sa nouvelle voie d'escalade "pilier N". Cette évolution n'est pas surprenante et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord parce que les itinéraires de ski-alpinisme sont généralement aussi des itinéraires d'alpinisme et donc ont hérité leur nom de cette activité. Du coup pas de surprise, le couloir Couturier à l'Aiguille Verte conserve le même nom à la montée et à la descente.
Ensuite parce que l'explosion du ski-alpinisme a provoqué l'ouverture d'un grand nombre d'itinéraires et l'utilisation des points cardinaux et de la configuration de l'itinéraire n'est plus suffisante pour départager les lignes.
Enfin parce que les skieurs/surfeurs sont généralement aussi des grimpeurs ou des alpinistes et donc sont influencés (ou plutôt désinhibés) par les nouvelles habitudes de nommage issues de ces milieux parallèles. Parce que aussi c'est plus "sympa" et plus personnel de donner un nom peu classique.
Il faut cependant remarquer qu'en ski-alpinisme les itinéraires sont moins clairement définis qu'en escalade où à 10m près on change de ligne de spits et donc de voies alors qu'en ski une face - à moins qu'elle ne soit particulièrement complexe - représente un seul itinéraire où on peut passer 10m plus loin que les prédécesseurs sans sortir de l'itinéraire.
Personnellement je trouve cette évolution plutôt sympa. En effet il me semble que dans le ski-alpinisme et particulièrement la pente raide il y a une part de "création" (observation, évaluation, réalisation !) et donner un nom spécifique renforce ce caractère de l'itinéraire. De plus un nom permet de conter une anecdote (lors de la descente du couloir du Thermos à la Pointe de Chalune, on a failli se prendre un thermos qui avait échappé à son propriétaire au sommet) ou de décrire un aspect insolite du lieu. Par exemple je désigne souvent l'une des pentes que j'aimerai parcourir dans le Chablais comme le "Nez de l'Indien" car elle descend d'une ligne de crête rocheuse qui ressemble vue sous un certain angle à une tête de chef indien coiffé de plumes et regardant vers le ciel. Un peu de poésie dans ce monde de ski-brutes ne ferait pas de mal ! ;D