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Goudurix

En complément au sujet "le gout du risque" * (sic), voici un petit texte que j'avais pondu en son temps pour le bulletin de mon CAF. (Peut-être l'ai-je déjà proposé sur ce forum. Je ne sais plus et j'ai la flemme de rechercher. Mais les dépositaires de la mémoire collective sauront bien le dire. N'est-ce pas Bubu ?)

Contrairement à une opinion assez répandue et ancrée dans les esprits, la montagne ne tue pas. C'est l'homme qui se tue en montagne. Ce n'est pas tout à fait la même chose. La montagne, dans l'affaire, est neutre. Cette chose que l'on veut personnaliser et dont on prétend faire un diable ou un dieu (ou une maitresse) suivant les circonstances, n'est qu'un assemblage de minéraux qui se fiche pas mal de nos petites personnes. La montagne est un lieu, comme dit l'autre (je vous laisse chercher qui).

Alors la montagne est-elle dangereuse ? Ni plus, ni moins qu'une guitare hawaïenne, une bordure de trottoir ou un dictionnaire français-papou. Tout dépend de l'usage qu'on en fait. Si on veut avaler un dictionnaire français-papou sans l'avoir au préalable réduit en confettis, il est bien évident qu'on va au devant de graves difficultés (je me suis aperçu inopinément que ce raisonnement vaut pour un dictionnaire japonais-bouriate).

Dans le même ordre d'idée, il est de tradition de faire la distinction entre danger objectif et danger subjectif (cette distinction a été proposée à la fin du 19e siècle, entre autres par le grimpeur autrichien Emil Szigmondy). Une telle distinction n'est pas forcément pertinente. A mon sens, tout danger est subjectif. Je m'explique. On prend généralement comme exemple de danger objectif la chute de pierre (ou de séracs). Une chute de pierre est-elle dangereuse ? C'est selon. Elle est dangereuse si on est dessous, si on n'est pas dessous, elle n'est pas dangereuse. Le fait qu'elle soit ou non dangereuse est déterminé par la présence ou l'absence du sujet. C'est donc bien un danger subjectif. CQFD.

La notion de danger est liée à l'individu et non à l'environnement. Cette remarque est importante, car en faisant la distinction objectif-subjectif, on a plus ou moins inconsciemment tendance à hiérarchiser les dangers et à considérer les dangers dits objectifs plus dangereux que les dangers subjectifs car ne dépendant pas de soi et ne pouvant donc être maitrisés. Ce qui est une grave erreur car, pardonnez-moi cette lapalissade ou cette tautologie (suivant les auteurs) quel qu'il soit, un danger est toujours dangereux. Concernant les risques, on peut aussi faire une petite analyse. Un danger est actuel, présent, palpable donc identifiable et on peut adopter le comportement adéquat. On ne choisit pas un danger : il s'impose. Si on peut choisir, ce n'est pas un danger, c'est un risque. Un risque est un danger potentiel, possible, qui se révélera peut-être dans certaines circonstances. Dans l'évaluation du risque, on nage donc dans le flou. L'affaire consiste à évaluer le risque et à ce que le risque ne devienne pas danger. Evidemment, c'est difficile parce que la chose demande réflexion. Ce n'est donc pas à la portée de n'importe qui.

Il faut être compétent, mais la compétence seule ne suffit pas. Elle doit être tempérée par un minimum d'intelligence. Ne pas confondre, comme on le fait souvent, compétence et intelligence. La compétence consiste à appliquer à bon escient un certain nombre de recettes bien éprouvées. L'intelligence commence ou finit la compétence, lorsque les recettes ne sont plus opérationnelles et qu'il faut se dém..., se débrouiller autrement. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la question mais ce n'est pas notre propos. Par un minimum d'intelligence, donc. Pourquoi ? (Oui, pourquoi ? hein, petits malins !). Le type seulement compétent va foncer tête baissée, sur de son savoir - moi je suis un expert on ne me la fait pas- et il se prendra les pieds dans la première peau de banane venue parce que ce n'est pas conforme à sa représentation. Si le type est un peu intelligent et s'il a lu Michel Eyquem (1533-1592), il se dira "que sais-je?" et il n'osera répondre, de peur d'avoir des surprises. Il doutera. Et quand on doute, c'est qu'on n'est pas sur. Et quand on n'est pas sur, on se méfie. Or la méfiance est une des bases d'une saine pratique de la montagne. J'ai déjà dit quelque chose à ce sujet, je crois. La méfiance ne permet pas de prévoir les peaux de banane, l'imprévu étant par essence imprévisible (merci M. Jacques de Chabannes 1470-1525) mais elle permet, au prix de quelques gesticulations ridicules et décoratives mais néanmoins efficaces, de ne pas se retrouver le cul par terre.

Dans l'évaluation d'un risque, on aura à répondre à trois questions :

Il faut répondre honnêtement à ces questions. Sans fausse modestie : on sait des choses. Mais sans présomption : on ne sait pas tout. Je voulais ajouter autre chose que j'avais notée sur un petit bout de papier pour ne pas oublier et pour conclure de façon élégante. J'ai perdu le petit bout de papier. Ca me reviendra peut-être. Je vais me mettre au poisson, parait que c'est bon pour la mémoire, surtout à mon age. Mais vous avez suffisamment de matière pour vos réflexions zhivernales (quand même, ça m'agace cette histoire de petit bout de papier, parce que je me souviens que c'était quelque chose de particulièrement intelligent, enfin comme d'habitude, quoi).

* : "Le Gout du Risque" http://alpinisme.camptocamp.com/forums/read.php?f=9&i=6621&t=6621

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