Niveau à ski ?
Le sujet Les skieurs de rando ne sont pas de bons skieurs dans le forum de Skitour introduit un débat sur le niveau des skieurs de randonnée. La question corollaire est : peut-on définir un niveau à ski et comment l'évalue-t-on ? Qu'en est-il de la pente raide ?
Evaluer son niveau en escalade est chose courante. En escalade sportive on parle souvent de la difficulté maximale de la plupart voies qu'on est capable d'enchainer à vue. En ski c'est un peu plus difficile car de nombreux critères entrent en jeu.
Tout d'abord les conditions de neige ou météos sont changeantes et peuvent rendre un itinéraire plutôt facile (neige poudreuse pas trop épaisse, soleil encourageant, obstacles recouverts, irrégularités du terrain et ressauts gommés par l'accumulation de la neige...) alors qu'à un autre moment on peut littéralement s'y ch.er dessus car la pente est en béton, l'éclairage sinistre et les rochers menaçants. Le niveau s'entenderait-il par bonnes conditions ? Les conditions dites "standard" dans lesquelles les cotations des Toponeige sont données ?
Ensuite on skie rarement encordé et les itinéraires difficiles sont généralement abordés dans les conditions d'un solo (même si ce genre de solo en ski me semble plus accessible qu'un solo en rocher). Pas trop le droit à l'erreur donc, l'idéal étant de toujours skier avec une marge de sécurité et donc de pratiquer en dessous de son niveau maximal. Il me vient alors deux questions subsidiaires : skier "en dessous de son niveau" n'est-il pas préjudicable pour la progression dans la pratique ? dire qu'on skie en dessous de son niveau pour conserver une marge de sécurité revient-il à dire qu'un niveau à ski est un niveau théorique et donc non pratiqué ??? Dans ce cas je dois avoir un niveau 5.5 et Tardivel, 5.12 ! ;-)
Il faut aussi considérer des facteurs psychologiques tels que le fait de pratiquer seul ou d'aborder des pentes à vue, avec peu ou pas de reconnaissance.
Quand on skie avec au moins une autre personne, une sorte d'émulation se créé, un encouragement mutuel, l'impression de ne pas s'être mis tout seul dans la galère et c'est bon pour le mental et donc la performance. A noter qu'avoir l'habitude de pratiquer la pente raide en solitaire influe beaucoup sur l'état d'esprit quand on se retrouve à nouveau seul en haut d'un couloir alors qu'une personne qui skie toujours accompagnée perdra probablement plus facilement ses moyens si elle-même se retrouve à skier seule. Faut-il alors distinguer niveaux en solitaire ou en groupe ?
De même quand on a remonté au préalable une pente, on aborde sa descente plus sereinement car on a pu se faire une idée des difficultés, de l'itinéraire à emprunter, des conditions de neige etc. et donc la part d'inconnu - catalyseur de la gamberge - est fortement réduite. A nouveau doit-on dissocier niveaux à vue et "flash" ?
Une définition sympa (Nimp Crew ?) que j'avais vue sur un forum de C2C était que la pente raide c'était 50% de conditions de neige, 40% de mental, 20% de chance et 10% de technique. Logiquement un niveau à ski se composerait également de ses ingrédients dans des proportions similaires. La chance et les conditions de neige ? Ca se travaille, c'est le fruit de l'expérience - l'expérience ! mot-clef dans notre évaluation du niveau. Le mental aussi : certaines personnes sont dotées naturellement d'une bonne base mentale mais c'est pas mal l'habitude des pentes, l'affinement de la connaissance de soi, de ce qu'on vaut, de ses limites qui solidifient un mental. Bref l'expérience encore !!
En ce qui concerne la technique, je me fais souvent la réflexion qu'une technique de pente raide est radicalement différente de celle adoptée dans les pentes plus faciles. En effet en pente raide on cherche à maitriser sa vitesse voire à la juguler jusqu'à en arriver parfois à des virages à l'arrêt alors que dans les pentes débonnaires on cherche au contraire à lacher les chevaux (la limite entre pentes débonnaires et difficiles est également un critère personnel d'évaluation du niveau). Bref on peut être très fort en pente raide mais se débrouiller modestement dans les pratiques plus typées "freeride".
Dernier point : la pratique du ski de pente raide comporte des artifices plus ou moins "éthiques" tels que dérapage, escalier, descente de section en crampons ou en rappel... Alors peut-on dire que quelqu'un qui fait régulièrement des 5.2 mais en abusant du dérapage a un meilleur niveau qu'un autre qui enquille ses 5.1 "by fair means" ?
Et vous, quel niveau pensez-vous avoir ?