Prisonnier de l'Annapurna
Ca fait assez longtemps que je ne lis plus trop de livres de montagne. Les récits grandiloquents des ténors du grand alpinisme d'aprés-guerre me gonflent. Au contraire c'est avec grand plaisir et avidité que j'ai dévoré ce livre de Jean-Christophe Lafaille et Benoît Heimermann. "Prisonnier de l'Annapurna" est le récit simple du drame vécu par Lafaille lors de son ascension ratée de la face S de l'Annapurna en compagnie de Pierre Béghin en 1992 - et qui se solda par la mort de celui-ci - et de la dizaine d'années qui suivirent, passées à exorciser ce démon pendant que sa passion pour la haute altitude s'affirmait de plus en plus.
Le livre est vraiment très bien écrit, les pages se tournent d'elles-mêmes. Lafaille y relate actions et réflexions personnelles, récits et motivations. On y découvre les ressources de l'homme et l'envergure exceptionnelle de l'alpiniste. Les textes sont ponctués de photos ramenées de la "zone de la mort", de ces endroits tellement inhumains qu'ils semblent étrangers à notre planète. Tout au long du livre, on frémit avec Lafaille devant l'ampleur des difficultés, on frissonne devant la fragilité des hommes, on s'enthousiasme pour ses projets et ses succès, on s'indigne devant certaines réactions du milieu de la montagne.
On se rend bien compte que la personnalité de Lafaille et sa réussite ne laissent pas les gens insensibles. Que ce soit en bien ou en mal. Son côté alien de la montagne ne peut que l'exposer à des attaques apparaissant parfois comme bien basses et futiles. Je pense par exemple aux récentes discussions dubitatives concernant le caractère hivernal ou pas de l'ascension en solo, le 11 décembre dernier (soit "officiellement" 10 jours trop tôt) de la face SW du Shishapangma (8013m). Il y a comme un air de déjà-vu avec les critiques dont Lafaille fut souvent la cible (lors du retour de l'Annapurna, lors de l'enchainement de plusieurs faces N des Alpes en 1995 - je me souviens bien que certains soit-disant "alpinistes" se disaient attristés devant la médiocrité d'un tel projet...). Au crédit de Lafaille, on ne peut le taxer de mener avec des oeillères son projet - avoué - des 14 8000. En effet le Shishapangma est déjà à son actif depuis 1994 et il ne se contente pas des voies normales...
- Prisonnier de l'Annapurna
- Jean-Christophe Lafaille et Benoît Heimermann
- Editions Guérin - 2003
- 240 pages - 16x23cm - 23 euros
- Voir le site de JC Lafaille
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