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Les Cotations et le Chaos

Comme en informatique où tout programme, aussi soigné et bien pensé soit-il au départ, finit inexorablement par tendre vers le chaos tout au long de son usage et de ses modifications, les systèmes de cotations de montagne vieillissent et se détériorent. C'est encore plus vrai pour le skirando vu la difficulté d'avoir des cotations précises alors que le terrain de jeu est mouvant, principalement en raison des conditions de neige. Il est alors salutaire de changer de temps de temps de système de cotation afin de repartir sur des bases solides.

L'évolution des cotations en escalade et alpinisme

En escalade on a vu que l'échelle fermée avait montré ses limites avec son VI, soit-disant limite des possibilités humaines. Aujourd'hui, on préfère adopter l'échelle en 6a, 7b etc. De même les cotations Welzenbach (F,..., TD, ED) semblent ne plus convenir à un grand nombre d'alpinistes, en raison sans doute de son inadaptation à décrire les nouvelles disciplines de l'alpinisme : on lui substitue de plus en plus le système dit à 2 entrées. On remarquera qu'en général ces nouvelles cotations trouvent pleinement leur justification dans les niveaux de difficultés élevés, encore inconnus lors de la conception des échelles anciennes. En escalade on notera de plus l'incapacité de certais systèmes à distinguer les différences niveaux de difficulté morale et d'engagement : une voie en D en terrain d'aventure peut paraître pour certains plus difficile qu'une TD en escalade sportive.

Le cas du ski-alpinisme

Les cotations en ski de randonnées subissent également une dégradation de leur pertinence au fur et à mesure de leur usage. Cela peut s'expliquer par l'évolution du nombre de pratiquants et donc du nombre de parcours (d'où plus de personnes à même d'estimer la difficulté), du matériel (un bon ski facilite une descente), des mentalités (autrefois la randonnée était souvent réservée au printemps ou encore la pente raide étaient considérée comme folie). Ces nouvelles approches biaisent la difficulté jusque là attribuée à telle ou telle course. N'oublions pas la tendance humaine à "fignoler" les techniques et méthodes, poussant à considérer de nouveaux paramètres ou tout au moins à les isoler un peu plus pour clarifier la mesure. Je pense par exemple à l'évaluation de l'exposition. D'où l'intérêt des nouvelles cotations Toponeige sur celle du système Labande qui lui-même a pris le pas sur d'autres échelles.

Le facteur humain

Un des facteurs de "chaotisation" d'un système de cotation est sans surprise le facteur humain. Les frontières parfois un peu floues d'un niveau à l'autre, le caractère forcément subjectif et empirique d'une évaluation, les repères plus ou moins faussés, les disparités géographiques, la "conscience" de soi (un skieur peut être tenté de gonfler ses exploits ou au contraire de les rabaisser par modestie ou manque de confiance en soi) font que les cotations finissent tôt ou tard par diverger du modèle initial. Paradoxalement on peut observer sur certains systèmes des sortes de limites (au sens matheux du terme, c'est-à-dire des tendances) vers certains niveaux. Avec le système Labande on peut remarquer un certain succès du niveau D, frontière entre les niveaux abordables et les itinéraires délicats. On observe alors un gonflement des cotations en provenance des courses de difficulté un peu inférieure. Dés qu'il y a un peu de 40°, pouf, c'est donné D. Un tel phénomène de fourre-tout semble se produire également pour l'évaluation Toponeige de l'exposition avec le niveau E2 (cf. la fin de l'article Expo or not Expo). Bref une sorte de "moyennisation" de certains niveaux de cotation.

L'effet Internet

La tendance de détérioration des cotations s'est probablement accentuée ces dernières années avec l'avénement d'Internet et en particulier des sites de communautés où chaque pratiquant, en apportant sa contribution, renforce parfois des erreurs de cotation. Par manque de remise en question de la cotation annoncée dans un topo, par prise en compte abusive des conditions du moment ou simplement par une mauvaise maîtrise du système d'évaluation on par une confusion dans son usage. Pourtant on pourrait penser qu'un grand nombre d'avis devrait, par effet de moyenne, aboutir à une évaluation fiable. Ce n'est pas toujours le cas...

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