Le progrès des uns s'arrête...
... là où commence celui des autres ! Dans le cas de l'aménagement de la montagne c'est particulièrement vrai même si, paradoxalement, pour beaucoup son côté sauvage doit être préservé. En effet, si pour un randonneur à ski (à raquette, à surf...) convaincu la construction d'une nouvelle remontée mécanique est un véritable échec rétrécissant petit à petit son terrain de jeu, pour la plupart des gens c'est un progrès et une aubaine qui leur ouvrira de nouveaux horizons lorsqu'ils prendront leur forfait de ski cet hiver. Question de point de vue évidemment...
Ce qui est "amusant" c'est que ces points de vue sont versatiles et fluctuants : le skieur de piste entousiaste trouvera ces remontées mécaniques hideuses lors de ses vacances d'été à la montagne. De même il y a des chances que le skieur-alpiniste apprécie cette petite remontée qui lui évite cette laborieuse approche vers son domaine sauvage. Nous avons la mémoire courte et l'opinion parfois bien conciliante.
Cette différence de point de vue est à l'origine de tous les conflits dans le domaine de l'environnement et explique que chacun a l'impression que l'autre a tord, n'a rien compris ou est un emmerdeur voire un intégriste. Un ennemi quoi. Généralement tous ces points de vue sont dotés d'une certaine justification. Un entrepreneur va construire des télésièges parce que ça lui rapporte de l'argent, une région va soutenir un projet de station parce que ça va créer des emplois et générer des revenus. De l'autre côté les associations écologistes vont hurler car on poursuit le processus apparemment inexorable de destruction et de consommation des espaces naturels dans un environnement (en tous cas dans les Alpes) déjà surexploité et suraménagé (routes, villes, stations...) par l'homme.
Toutes ces justifications (même si contradictoires) font qu'il est impossible d'avoir un consensus où tout le monde s'y retrouve à 100%. D'ailleurs cet antagonisme se retrouve dans toutes les affaires humaines : impossible de contenter tout le monde, la vérité absolue n'existe pas, pas plus que la solution miracle. Une opinion tranchée et péremptoire est incomplète car elle écarte forcément certains points de vue.
Il n'y a probablement (et justement !) pas de solution à ces problèmes de point de vue. A moins peut-être que ces différences de point de vue ne disparaissent par déplacement des intérêts. S'il ne reste plus que zéro ou un point de vue, plus de conflit faute de combattants. Dans le cadre de la protection de la montagne, il faudrait que l'intérêt que les aménageurs y trouve disparaisse ou plutôt soit remplacé par un autre. Par exemple si la conservation de la montagne sauvage devenait plus profitable économiquement que la construction des usines à ski, les collectivités ne fournirait plus de subventions, les entrepreneurs s'orienteraient plutôt sur ce nouveau secteur.
On a l'impression que ce changement est en train de se faire petit à petit avec une certaines prise de conscience écologique et d'un retour (ou simplement une arrivée ?) à la mode du wilderness et des loisirs verts. Mais bon l'unanimité n'étant pas une valeur humaine comme on l'a vu, ça risque fort de déraper.