Nouvelles expériences
Le week-end dernier fut riche de rebondissements dans ma jeune carrière parachustiste. En plus du B4 que j'ai finalement passé (et qu'on a bien failli me retirer presque immédiatement, hum hum...), j'ai enfin atteint le second objectif (sur 3) que je m'étais fixé pour 2004 : faire au moins un saut en wing-suit !
Après une longue période d'attente (je devais racheter la combi d'un pote qui devait racheter celle d'un autre pote qui lui-même devait...) et un nouvel essayage, je me suis rendu compte que la wing-suit visée était trop petite. Quelques tergiversations (Birdman ? S-Fly ?...), une visite chez Jean-Noël d'Adrenalin, la sentence tombe : le délai est d'environ 2 mois pour recevoir une Birdman GTI flambant neuve et les occasions sont introuvables. 2 mois ? Ca veut dire décembre... la fin de la saison... je peux pas attendre !!
Heureusement il existe d'autres fabricants dont FlyYourBody de Loïc Jean-Albert et Stéphane Zunino, les flyers fous des Soul Flyers. Les mérites de leur combinaison à ailes ne sont plus à démontrer, les défauts de jeunesse de leur premier modèle ont, semble-t-il, été corrigés, c'est la moins chère du marché, un appel à Zun me confirme que ma taille est disponible de suite. Bref plus d'hésitations (c'est quand même pas donné alors on réfléchit !), je fais ma commande sur Internet le dimanche 26 septembre, la combi est postée le lendemain et arrive à mon boulot à Lausanne 3 jours plus tard !
Vendredi je suis au para-club à Annemasse, fier de mon nouveau joujou. Stef, le vidéoman/flyer fou de la DZ me presse de le déballer. J'enfile la bête et déjà le stress monte : il fait chaud la dedans et on est tout coincé, j'ai du mal à toucher mon hand-deploy... Stef me briefe et me pousse à faire un vol direct. Prudent, je tente de me rassurer en effectuant quelques sauts sans la combi pour répeter le geste d'ouverture, un peu inhabituel.
L'après-midi est bien entamée et la lumière est magnifique. Je me décide enfin et met ma carte de saut dans un avion plein de tandems. Au moins je ne serai pas le plus terrifié. La tension monte un peu, je me case comme je peux sur le petit siège du Pil, la montée s'effectue tranquillement accompagnée des clins d'oeil entendus des moniteurs qui, pour être pour la plupart déjà passés par là, imaginent bien mon état d'esprit. Ceci dit ça va encore, juste un peu mal à l'aise avant un événement nouveau mais rien à voir avec mon AFF (~PAC) où j'étais vert ! Quelques galères pour finir de fermer les zippers, coincé dans mon cagibi et la porte s'ouvre.
L'un après l'autre les tandems disparaissent et me laissent seul dans l'avion avec Jacques, le pilote, qui s'est retourné pour me faire un signe du pouce amical. Accroupi à la porte, les bras repliés sur le torse, je respire un bon coup, effectue un bon de côté vers l'espace et attend que des choses terribles me tombent dessus... C'est tout surpris que je vois l'avion s'éloigner sans qu'aucune catastrophe n'ait eu lieu. La sortie s'est parfaitement passée et je suis face au vent. Instant paradoxalement calme et détendu. Je déplie alors les bras et les jambes pour ouvrir mes ailes. Et là, nouvelle surprise, maintenir la position ne demande pas un effort trop important et le pilotage de l'engin - ou plutôt de mon corps - s'avère naturel et intuitif. Quelques poignées-témoins (un peu de tangage mais bon ça reste raisonnable), je tente un virage sur la droite... Ouaaaahh fantastique, un vrai avion ! Tout semble passer plus lentement, l'aiguille de mon altimètre , fixé sur ma main gauche, semble ne pas vouloir descendre. Déjà l'aérodrome s'est éloigné sous moi et je vire à nouveau pour le rejoindre. 2000m. Quelques nouvelles poignées-témoins pour me rassurer avant le moment fatidique. Un instant mon altimètre disparait, auréolé par le soleil, presque à mon niveau derrière moi. 1500m. Il est temps d'ouvrir, bien plus haut que d'habitude.
Je tatonne un peu pour assurer ma prise sur la poignée du hand-deploy et jette celui-ci dans le vent. L'entrave de la combinaison me surprend un peu et j'ai le reflexe de tourner la tête pour voir ce qui se passe. Je vois alors l'extracteur et le pod contenant ma voile partir loin derrière... et immédiatement je me retrouve balloté, les jambes balancées en avant. Je me rend compte que tout ne s'est pas passé comme sur des roulettes puisque je peux sentir mes élévateurs qui m'appuient derrière la tête. L'étreinte se déserre un peu et je peux lever les yeux sur mes suspentes, torsadées sur bien 50 cm. Une mauvaise position à l'ouverture ? le fait d'avoir tourné la tête et donc d'avoir surement un peu vrillé mon corps ? des jambes pas assez serrées et donc l'aile de jambe qui prend l'air de travers ?? Bref la situtation n'est pas réjouissante. D'autant plus que le temps (je sais plus trop, probablement pas longtemps) que je me demande dans quel sens sont les twists, si ceux-ci vont se résorber tous seuls, si je dois libérer les bras pour leur filer un coup de main, si j'ai le temps de défaire les zippers... ma voile (Springo 160) part en auto-rotation de plus en plus prononcée et je me retrouve centrifugé.
C'en est trop, je n'hésite plus : l'esprit en paix et décidé, mes 2 mains vont à la poignée de libération. Je sens que l'essoreuse à salade m'a relaché, tout va très vite, mes yeux n'ont enregistré qu'un lumière blanche (le ciel ?). Je tente brièvement de me remettre à plat mais avec les ailes et la perte de mes repères visuels, je n'arrive pas trop à décider de quel coté est le sol. Sentant que je commence à partir tête en bas, que ma principale doit être loin et ne sachant plus trop à quelle altitude je suis, je me décide à tirer la poignée du secours. Je sens alors quelque chose qui frole mon pied droit. Aïe ! Surement le pod du secours ! Tout de suite je pense à cette vidéo d'Alex Pereira où il se débat avec les suspentes de son parachute de secours emmelées autour du pied ! Heureusement rien de tel n'arrive mais j'ai quand même une impression désagréable de "déjàvou" (vous savez, le chat...) en me retrouvant sous mon secours twisté ! La réaction ne se fait pas attendre : libération des bras, je coince la poignée entre mes dents et remet après quelques battements de jambes tout ça en ordre (heureusement la Techno est plus tranquille que la Springo).
Poser un peu tendu (ce serait con de se mettre en plus dans les arbres, surtout que les commandes sont un peu molles). Evidemment, accueil triomphal ! Pensez donc : premier vol en wingsuit, première libé ! J'suis bon pour les caisses de bières. Reste plus qu'à aller récupérer ma voile sur le toit d'un entrepot...