C'est quoi donc l'Extrême ???
Hum hum... Ouh là ! En voila une question vague qui n'appelle qu'une réponse non moins vague et surtout assez variable suivant les questionnés. Difficile de répondre car cette notion de "sport extrême" - tiens d'ailleurs qu'en est-il de l'extrême non sportif ? - est largement galvaudée et servie à toutes les sauces souvent sans trop s'en poser, de questions. D'où l'intérêt de la présente question !
En fait ça fait longtemps que j'entends parler de l'Extrême et que ça me fait un peu sourire. J'en profite pour déterrer un sujet que j'avais initié en décembre 2002 sur le forum d'Escalade.C2C, qui s'intitulait... C'est quoi donc l'Extrême ??? et qui s'avéra très instructif sur la définition que les gens ont de cette notion. Presque deux ans plus tard je ressort cette question apparemment bateau car le mot revient encore souvent dans les conversations, généralement avec une pointe d'ambarras dans la voix comme si on parlait de choses interdites et taboues. De plus je trouve que c'est un bon indicateur de certaines conceptions sociales à propos de la prise de risque "inutile" - donc immorale - et du malaise ambiant dû à des gardes-fous collectifs et inconscients.
Il est intéressant de noter que, paradoxalement, les sports "extrêmes" bénéficient d'une certaine aura médiatique, principalement auprès des "djeuns", un peu moins auprès de la ménagère de 50 ans, tandis que de nombreux indicateurs tendent à souligner le refus par la société de ces activités hors-normes : remise en question de la gratuité des secours en montagne (alors qu'une bonne partie des bénéficiaires sont des Monsieur-et-Madame-Tout-le-Monde qui se cassent la figure sur un sentier de moyenne montagne), ahurissement plus ou moins déclaré des gens qui découvrent que Untel pratique telle activité...
Tiens d'ailleurs ça pourrait donner une assez bonne définition du "sport extrême" : toute activité sportive ou de plein air qui provoque la stupéfaction, la terreur (ou seulement l'appréhension pour les sprots extrêmes de petits joueurs ;D), l'incompréhension, la réprobation voire le rejet de la part de la moyenne des gens constituant une société. Comme quoi c'est aussi assez culturel car les habitudes et les références par rapport à certaines pratiques sont assez différentes d'un pays à l'autre. Je trouve que cette référence à la peur colle pas mal dans le cadre des sociétés occidentales. Probablement en rapport avec une certaine transposition/identification à l'autre issue de notre culture judéo-chrétienne ("j'ai peur car je m'imagine à la place du sportif"). C'est peut-être un préjugé stupide mais il me semble que dans les pays asiatiques, la réprobation envers ces activités serait plutôt liée à des considérations de non-productivité, de mise en danger de l'intégrité de la masse laborieuse et de non-discipline.
En se démarquant de la masse, le pratiquant de "sport extrême" ou celui qui le vit, de manière plus timorée, par procuration à la télévision, s'affranchit de ce carcan social invisible mais souvent dénoncé. Ce faisant il affirme son individualité, sa conscience d'exister en tant que lui-même et non uniquement en tant que "petit boulon" d'un ensemble plus vaste. On entend souvent dire que tel ou tel sport "extrême" apporte une sensation inouïe de liberté !!
J'ai l'impression que l'approche précédente correpond pas mal à l'idée que se font beaucoup de gens des sports "extrêmes". Dans le fond je ne peux qu'acquiescer mais j'aurai plutôt tendance à privilégier une autre approche.
Dans la liste des sports dits extrêmes on retrouve des activités spectaculaires et généralement plutôt risquées ou aux éventuelles conséquences de toute évidence dramatiques : le parachutiste qui impacte la planète, le grimpeur qui... impacte la planète... Tiens c'est marrant c'est souvent des activités de plein air où la gravité est fortement impliquée. D'ailleurs parmi les alter-ego "extrêmes" des JO figurent les Gravity Games aux côtés des X-Games !
Pourtant le parachutisme n'est pas vraiment une activité à haut risque : les techniques et le matos sont bien rodés et de nombreux néophytes découvrent les joies de la chute libre en faisant un tandem. Si c'était la roulette russe, ça ne serait pas si répandu ! Idem le ski hors-piste : c'est souvent assimilé à de l'extrême - les championnats de freeride sont parfois également appelés "championnats de ski extrême". Pourtant tout le monde veut en faire ! Les sports extrêmes se seraient-ils finalement démocratisés ? Mais alors si le freeride est extrême, que dire des descentes des Tardivel, Boivin, Siffredi, etc. ? C'est du ski extrême extrême ???
Pour résumer ma pensée je dirai qu'il n'y pas de sport extrême, seulement des pratiques de ces sports tellement à des années-lumière du niveau moyen des pratiquants ou tellement engagées (risque important) qu'elles semblent sur le moment impossible à dépasser. Pour ajouter au flou de la définition, il ne faut pas oublier que pourtant ces frontières de l'impossible évoluent avec le temps et que ce qui fut extrême ne le sera un jour plus grâce à l'amélioration du matos et des techniques (baisse du risque) ainsi qu'à l'accroissement du niveau et de la "confiance" (état d'esprit) moyen des pratiquants qui repoussent les barrières mentales qui définissaient ces limites.