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Patrick Berhault
Jeudi matin en arrivant au boulot, j'apprends la nouvelle : Patrick Berhault est tombé la veille dans les Mischabel. Nouvelle qui me laisse pour le moins incrédule : malgré les aléas climatiques la cordée Berhault-Magnin semblait fonctionner comme une mécanique bien huilée et je pensais comme beaucoup que cet enchaìnement des 82 4000 des Alpes en 82 jours allait être une affaire bientôt réglée. Avec ces deux-là on avait l'impression que n'importe quel projet aussi titanesque soit-il ne pouvait qu'être emballé en 2 ou 3 coups de cuillères à pot. Je me demandais ce qu'ils allaient bien pouvoir nous réserver pour la suite et me surprenais parfois à les envier. Après tout, eux osaient s'engager dans des aventures qui, même en mettant de côté la difficulté technique, restaient ou semblaient hors de portée du péquin lambda.
Aussi j'ai un peu un sentiment de gachis après cet événement. Tant d'efforts anéantis si soudainement ! Tant de choses qui ne seront pas faites ! Tout ça à cause d'une bête corniche ! Dans le fond il n'y a pas de mort enviable, en montagne ou ailleurs. C'est toujours trop con. On se dit toujours que ce qu'on fait en vaut la chandelle, que les risques sont mérités - je le pense toujours - mais quand parfois vient le moment d'assumer, de passer à la caisse, on ne peut quand même s'empecher d'être révolté. Même si je ne le connaissais pas - en lisant les messages de condoléances sur les différents sites de montagne j'ai bien l'impression d'être le seul (*) - et que ne suis pas du genre à m'étendre en démonstrations d'émotion, sa disparition me révolte. Tout comme celles récemment de Jéròme Thinières ou de Pierre-André Rhem, celles de Marco Siffredi ou encore de notre pote Fab Roulier et d'autres me révoltent !
Merde alors ! Finalement la montagne c'est dangereux. Ptet que je m'en étais pas vraiment rendu compte !?
(*) En fait je l'avais entrevu une fois il y a 2 ans en grimpant au col de la Colombière. Ouf !
Vos commentaires (7)
Avec le temps qui passe et les potes qui disparaissent, ceux qui ont bouffé de la montagne veulent de moins en moins s'engager. C'est ce qui ressort des discussions que l'on peut avoir avec des guides ou des proriders.
Un jour on verra les plus grands faire la Pointe d'Andey pour apprécier la montagne tout en minimisant les risques, voir d'autres rangeront définitivement les spatules.
Pour ma part, je continue à aller chercher ce bonheur que l'on trouve en montagne. Mais chacun sait bien qu'en allant en montagne (oui, tout simplement et même dans des courses à vâche) on prend des risques. Alors n'en rajoutons pas, skions à notre niveau, choisissons les bonnes conditions, allons chercher des courses dans des ambiances atypiques plutôt qu'engagées et pratiquons avec plaisir.
Que plus jamais un freerider à deux balles ne me mette la pression pour aller vite dans une pente vierge alors que je prends mon temps pour apprécier la beauté de la pente, évaluer le danger et respecter les distances avalanches. Mourir en montagne, c'est limite acceptable; mais mourir avec la pression de cons, pas question!
Manu a écrit :
> Avec le temps qui passe et les potes qui disparaissent, ceux qui ont bouffé de la montagne veulent de moins en moins s’engager. C’est ce qui ressort…
J’aurai plutôt tendance à penser le contraire. Jamais le niveau n’a été si élevé qu’aujourd'hui et surtout jamais l’activité n’a navigué aussi près du fil rouge. Nous en avons justement longuement parlé avec un pote ce week-end et nous étions bien d’accord sur ces points. En glace, le niveau technique s’est considérablement amélioré ces dernières années (et pas seulement à cause du matériel). Les réalisations frisent souvent le délire sur des structures (cigares, draperies ou autres) de plus en plus aléatoires et ceci d’autant plus que nombres de ces réalisations se font même par températures largement positives. En ski de pentes, avec la vulgarisation Internet et l’effet « ego » des listes de courses en ligne, on va chercher des pentes en ignorant ou en feignant de maîtriser les conditions nivo. Hé oui ! Il faut à tout prix faire parler cette poudre synonyme de bonheur et aussi parce que c’est bien plus facile techniquement et surtout bien plus rassurant d’enquiller des pentes dans de la grosse profonde plutôt que dans de la transfo. Quand je vois le volume de comptes-rendus de courses ou que je reçois des mails sur des pentes effectuées par conditions à rester sous la couette avec son Arva branché et la pelle à la main, j’hallucine grave. Et encore, seule une minorité, affiche ses exploits. En alpinisme pur, même topo, ça passe, ça doit passer quelles que soient les conditions, beau temps ou tempête, sérac menaçant ou pas…Il n’y a qu’en escalade, alors que la matière rocheuse semble plus facilement maîtrisable que la neige ou la glace, où paradoxalement les temps sont plutôt à la sécurisation même si une nombres d’exploits (exemple, les frangins Huber) laissent pantois.
L’engagement, notamment en hiver reste donc très important, sinon de plus en plus important. Par contre il est vrai, mais là rien de nouveau, qu’une grande majorité abandonne tout esprit d’engagement dès qu’arrive l’âge « mature » (en caricaturant, dès que la copine commence à freiner et qu’arrive le premier gamin). Seule une courte minorité continue une pratique assidue et engagée de la montagne. Et c’est peut être finalement là que l’on rentre dans une zone à gros risques où la routine de l’expérience et surtout l’évident risque statistique lié à la durée provoquent souvent la faute et doivent plus que jamais imposer à la vigilance.
Je fais de la pente raide depuis une vingtaine d’années et plus je vieillis, plus je me dis que j’ai tout le temps. Paradoxal non ! Si la pente n’est pas en condition aujourd’hui, elle le sera demain ou la saison prochaine. Elle sera toujours là, la pente. Loin de moi, bien au contraire, l’idée de repousser ou de refuser l’engagement, mais je supporte de moins en moins la prise de risque inutile, comme le ride trop gourmand dans une pente à l’évidence suspecte ou comme l’inutile virage de trop… et il m’arrive parfois de l’exprimer avec rudesse et maladresse, n’est ce pas Alex ;-).
Berhault et son malheureux accident nous secouent tous fortement. Cela, bien sûr, à cause du côté terriblement attachant du bonhomme, mais surtout, comme le dit Alex, parce qu’il nous fait redescendre sur terre en nous rappelant brutalement et douloureusement que même pour les mutants la montagne est dangereuse.
Pour finir, Alex, Manu, je ne suis pas d’accord avec vous : mourir est déjà irrecevable, et mourir pour la montagne est d’une consternante insignifiance. Où sont « ces risques qui en valent la chandelle », où est le « limite acceptable » de cette mort ? C’est l’homme qui est important et non pas les choses qu’il n’a pas eu le temps de faire, et de toute manière, s’il faut vraiment mourir, il est des causes plus nobles non !
Ne soyons pas illuminés (je ne m’adresse pas à vous) par une béatitude convenue, trop facile, parce que nous, nous restons…
Wahil, tu ecris :
"Pour finir, Alex, Manu, je ne suis pas d’accord avec vous : mourir est déjà irrecevable, et mourir pour la montagne est d’une consternante insignifiance. Où sont « ces risques qui en valent la chandelle », où est le « limite acceptable » de cette mort ?"
Je ne comprends pas bien alors ! Parce qu'il me semble que ces 2 dernières années on a fait ensemble des descentes à ski pas mal risquées quand même ! Si ces risques n'en valaient pas la chandelle pourquoi fais-tu de la pente raide ?? Pareil en escalade, t'es pas à l'abri d'une mauvaise manip de corde, d'une chute de pierre etc.
Si on le fait quand même c'est bien qu'on accepte les risques ou au moins qu'on osculte le fait que ce soit risqué. Moi je vois plutôt ça comme ça, on fait genre on est conscient des enjeux mais si un de nous se plante, ca m'étonnerait que les autres disent ensuite "on assume, c'est normal, au suivant."
Wahil a écrit: Pour finir, Alex, Manu, je ne suis pas d’accord avec vous : mourir est déjà irrecevable, et mourir pour la montagne est d’une consternante insignifiance. Où sont « ces risques qui en valent la chandelle », où est le « limite acceptable » de cette mort ? C’est l’homme qui est important et non pas les choses qu’il n’a pas eu le temps de faire, et de toute manière, s’il faut vraiment mourir, il est des causes plus nobles non !
Ben la vie tout simplement est un risque. En allant bosser à Lausanne 5 mois pendant lesquels j'ai fait 10'000km sur l'autoroute A1 Genève-Lausanne, j'ai pris un risque d'accident grave en voiture que je trouve moins acceptable que le risque peut-être plus grand (mais vraiment?) que je prends en allant en montagne.
Il n'est pas du tout question de "mourir pour la montagne", mais bien de tenter de vivre une vie de qualité même si celle-ce comporte des risques et encore pas sous n'importe quels risques.
à+ sur les skis mais peut-être pas dans le Chablais cette année... en tout cas il neige à Flaine... ;-)
Bon, Alex, Manu, mea culpa, je n’ai pas dû être clair. Je ne parle pas de la faculté ou de l’envie d’assumer ou d’accepter les risques, mais de la valeur à donner à cette prise de risque. La montagne et son jeu de risques sont des plaisirs à portée hautement narcissique, pour ne pas dire égoïste, dont la valeur altruiste m’échappe. En ce sens, rien à voir, par exemple, avec le risque politique (lorsque c’est le bon, bien sûr ;-), le risque pris par le médecin qui part soigner à l’autre bout du monde, le journaliste qui risque sa peau pour que l’on puisse feindre la consternation devant notre télé pendant quelques secondes, le pompier… et patali-patala. C’est pour cela que je dis que prendre des risques pour la montagne a une valeur insignifiante.
Pourtant, ce risque « inutile » reste un moteur pour nombre d’entre nous. L’homme est ainsi fait ! Manu, la vie n’est pas un risque, c’est une chance.
Allez bye
wahil
Juste une petite contribution qui n'a pas avoir directement avec le regrété Berhault.
A mon sens faire une distinction de valeur entre le risque pris pour des raisons narcissiques et le risque dit "altruiste" telle quelle a été présentée est très hasardeux parce qu'il est très difficile de connaitre la nature réelle d'une prise de risque d'une part, et présupose un jugement de valeur négatif sur les question narcissiquesd'autre part, ce qui est loin d'être fondé si on approfondit un peu la question. (ouf..)
Qui peu certifier l'altruisme d'une prise de risque? Le médecin qui part soigner à l'autre bout du monde ne le fait-il pas d'abord pour lui, pour mieux se considérer à travers cette action qu'il juge bonne? Il en est de même pour le journaliste qui risque sa peau pour trouver la bonne info? (il faut aussi remarquer comment certains journalistes, selon leur dire, aiment le risque de l'action presque plus que l'info, et dans ce cas se rapprochent beaucoup du montagnard). De même pour le pompier.
Tout cela paraîtra peut être un peu cynique comme raisonnement si l'on tient la question narcissique pour une mauvaise chose. Par contre si l'on sait qu'il est impossible d'aimer si l'on ne s'aime pas d'abord, que le sentiment de non-exitence est insupportable et peut rejaillir de manière très négative sur son entourage, qu' aider les autres est une des façons de se sentir utile, donc de s'aimer, l'affaire prend une autre tournure. Il n'y rien de plus dommageable pour la société qu'une personne qui souffre. Celui qui est en phase avec lui-même sera bien souvent aimable, serviable et dévoué. En d'autres termes, narcissisme personnel et narcissisme collectif (aimer les autres) sont profondément liés. En règle générale, l'égoïsme n'est pas le fait de personnes qui s'aiment suffisement pour ne plus avoir besoin se le prouver constament au détriment des autres.
Tout cela pour dire qu'il faut envisager le "problême" montagnard à l'envers : s'exposer au danger est un moyen de se prouver sa valeur et avoir le sentiment d'exister. Si la chose permet de retrouver un équilibre intérieur, cela est au bénéfice de son entourage. La question de fond est de savoir pourquoi la société moderne ne donne pas suffisement d'estime de soi ou de reconnaissance pour que certains aient besoin d'aller risquer leur peau en montagne ou ailleurs. Il ya des réponses très pertinentes à cela dans la littérature ou la recherche acutelle.
Pour finir, si on "risque" en montagne c'est que l'on le perçoit légitime. Que l'on en tire plus de bien que de mal puisque risquer c'est s'exposer à un danger en vue d'obtenir un avantage. On y trouve une multitude des choses bénéfiques dont l'estime de soi n'est pas la moins importante. A voir quels risques certains sont près à prendre, on se dit que ce qu'ils en tirent ne doit pas être minime. A mon sens, il n'y a pas grand chose d'inutile en ce bas monde.
A savoir si leur pratique est globalement plus néfaste pour la société que positif est une question qu'il est bien difficile de trancher au niveau de connaissance actuel.
Pour moi le vie est une chance pour ceux qui sont heureux et donc un risque puisqu'ils ont quelquechose à perdre, une malchance sans risque pour ceux qui souffrent donc qui n'ont rien à perdre.
Désolé pour la longue-petite contribution.
C’est vrai que l’on est loin de Berhault mais un zeste de divagation ne fait pas de mal.
Il est toujours possible de trouver des individus qui jouent de l’altruisme pour mieux se paraître à eux même ou de se faire paraître aux yeux des autres. Comme le médecin qui soigne les autres pour mieux se soigner soit même ou le pompier qui allume lui même un feux pour donner un sens à sa vie. Mais difficile d’en faire une généralité sans faire offense au réels serviteurs. A mon sens, il y a plus d’altruisme dans l’amour de l’autre que dans l’amour du cailloux. Ceci dit, avec cette pure banalité, je ne jette nullement la pierre (aie) à ceux qui préfèrent le cailloux à tout le reste.
Littéralement, l’égoïsme c’est s’occuper exclusivement de soit et de son p’tit plaisir sans porter intérêt aux autres. Dans la vie courante, heureusement, les attitudes sont moins tranchées et, pour une majorité, un semblant d’équilibre l’emporte sur l’exclusive passion de soi. Quand à savoir si il est impossible de s’aimer si l’on ne s’aime pas d’abord, l’altruiste convaincu répondra qu’il s’aime parce qu’il aime d’abord les autres. Nb : j’ai du mal à comprendre ta double négation « l'égoïsme n'est pas le fait de personnes qui s'aiment suffisamment pour ne plus avoir besoin se le prouver constamment au détriment des autres » ;-).
Que la prise de risque gratuite, en montagne ou ailleurs, permette de retrouver un équilibre intérieur, soit. Je pense faire partie de ces givrés là. Que ce phénomène grandissant soit le fruit d’une société où l’individualisme règne en maître, où la culture de l’utilité et de la rentabilité est exacerbée et où l’échec est potentialisé par la honte, cela ne fait guère de doute et on peut presque y voir un phénomène existentiel (surtout chez les plus jeunes). Mais de là à dire que cet équilibre trouvé ou retrouvé se fait alors au bénéfice de son entourage, permet moi d’en douter, au moins pour les proches. L’appel du risque, notamment en montagne est une force qui, malheureusement, s’assouvit au détriment des proches qui n’y peuvent pas grand-chose.
Certes, le risque gratuit en montagne n’est en rien néfaste pour la société. Et on se demande bien pourquoi il le serait, dans la mesure ou ce n’est qu’un épiphénomène dans notre vaste monde fou. Reconnaissons qu’il a l’avantage d’être source de plaisir pour ses candidats et source de rêves pour ses spectateurs. Spectateurs malheureusement incapables d’avouer que, bien souvent, ils se nourrissent de son coté morbide, ce qui, toutes proportions gardées, fait penser quelquefois à une forme moderne des jeux du cirque.
La vie, chance ou malchance, risque ou opportunité ? C’est peut être surtout une savante alchimie de chance et d’espoir. Mais bof bof, tout cela c’est bien réducteur et rudimentaire pour ce mot plein de rêve.
Bon, sinon, j’suis un peu perdu moi. Casscrot, c’est bien un des illustres fondateurs de la cotation but de la Nimp Crew. Non ? Allez, une autre fois je vous raconterais une petite histoire de but.
Bonne nuit.
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