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Expo or Not Expo

L'exposition d'une descente à ski est l'évaluation des risques encourus lors du parcours de cette pente. Elle est la conséquence directe de la configuration du terrain et des obstacles pouvant se trouver sur la trajectoire du skieur : barres rocheuses ou de séracs, rochers apparents, étroitesse et encaissement du couloir (conditionnant un risque de percussions des parois bordant la pente), courbes...

Elle est prise en compte dans la plupart des systèmes de cotation de ski-alpinisme mais est généralement incluse dans une évaluation de difficulté plus générale. Ce n'est pas absurde car l'impression de difficulté est la combinaison de la difficulté technique de la pente (inclinaison, longueur, largeur, passages "mixtes"...) et de la difficulté psychologique découlant de la conscience de la dangerosité de l'itinéraire (conséquences d'une chute). A noter qu'il s'agit d'un danger subjectif, relatif à une éventuelle faute (chute) du skieur. Les dangers objectifs (chutes de pierre, de séracs, avalanches, etc.) ainsi que les conditions de neige ne sont pas pris en compte dans les cotations même si ces critères affectent fortement le jugement du skieur le jour du parcours. La raison principale de cette omission est le soucis d'avoir une cotation la plus intrinsèque possible, valable quelles que soient les conditions, afin de pouvoir comparer les itinéraires entre eux.

Dans le système de cotation "Toponeige", la difficulté est au contraire scindée en 2 (voire 3) parties séparant la difficulté technique de l'exposition. Celle-ci est évaluée à l'aide d'une échelle à 4 niveaux allant de E1 (exposition faible) à E4 (exposition très forte). Ces niveaux d'exposition sont décrits sur ce site dans l'article "Cotations en ski-alpinisme".

Tout comme la cotation technique d'une course est difficile à évaluer avec précision, cohérence et homogénéité, la détermination du niveau d'exposition est parfois sujette à polémique. Heureusement que la fourchette est limitée à 4 valeurs ! Quelques reflexions me viennent à l'esprit.

Visibilité du danger

Tout d'abord à propos de la pertinence de prendre en compte la "visibilité ou pas" des dangers de l'itinéraire. Généralement l'exposition est évaluée sur des critères objectifs : hauteurs des barres, étroitesse etc. Or il se trouve que dans certains cas, à cause de la configuration de la pente, ces dangers restent invisibles pendant tout ou partie de la course. Un itinéraire peut surplomber une haute barre rocheuse mais qui est cachée par un coude ou un tournant du couloir et qui donc ne va pas trop - ou en tous cas moins - se rappeler à l'attention du skieur engagé dans celui-ci. Ou bien l'itinéraire peut emprunter une traversée dans un dévers au dessus d'une haute falaise mais située loin en contrebas ou masquée par des ruptures de pentes ou autres oscillations du terrain. Bref comme on le lit parfois dans certains compte-rendus de courses postées sur les sites de communauté dédiés au ski, il peut s'agir d'un "E4 mais peu oppressant" alors que tel autre E3 voire E2 a beaucoup plus fait sensation.

Caractère soutenu de l'exposition

Autre remarque : une pente sera cotée E4 quelle soit exposée tout le long de son parcours ou seulement sur un cours passage. On voit bien ici que l'information d'exposition est incomplète avec le système actuel car un E3 soutenu est bien plus éprouvant nerveusement qu'un E4 ne comportant qu'une brève partie exposée. N'oublions pas non plus de considérer que l'impression peut être différente suivant que le passage, même court, est situé en haut ou en bas de la pente, que celui-ci se situe à un endroit où la difficulté technique est élevée ou pas. On voit bien que traverser une pente facile mais très exposée pour déboucher dans un couloir très raide mais peu expo - d'où par exemple une cotation 5.1 E4 - est différent de descendre ce même couloir mais avec la barre à l'aplomb de celui-ci ! A noter que la cotation technique prend en compte la longueur des difficultés voire même le dénivelé total. Alors pourquoi pas le cotation d'exposition ?

Appréciation de l'exposition selon les conditions

La cotation d'exposition est une évaluation normalement la plus indépendante possible des conditions de neige. Cependant il faut bien reconnaître que le danger se fait plus ressentir quand les conditions sont difficiles. Ainsi à pente égale une E4 en grosse poudre sera probablement moins inquiétante qu'une E2 en neige glacée. Ce problème d'influence des conditions est récurrent et se retrouve de toutes façons dans tous les systèmes de cotation. Bref le facteur "conditions de neige" (sans occulter, à un moindre niveau, la météo) est le maillon ultime de l'appréciation d'une pente. Un pente devrait être évaluée par la combinaison de la difficulté technique, de l'exposition et de son caractère soutenu ou pas et donc des conditions nivo courantes (voire de la météo). Malheureusement il est impossible d'avoir toujours les mêmes conditions dans le temps ou dans toutes les pentes, d'où l'impossibilité de vraiment les prendre en compte dans les cotations. D'où l'intéret des sites Internet apportant cette précieuse information !

L'echelle est-elle trop limitée ou mal utilisée ?

Si on lit la définition des niveaux d'exposition, tout semble très clair. Cependant sur le terrain la distinction est parfois plus malaisée. En effet cette pente est-elle E3 ou E4 ? la falaise est-elle assez haute pour passer à E4 ? Quid des terrains présentant peu ou pas de barres mais beaucoup de rochers ou des successions de petits ressauts promettant (Oh joie !) de multiple rebonds au skieur/surfeur choyant ? Le rocher en bas à gauche de cette pente risque-t-il vraiment d'être dans l'axe d'une chute (E1 ou E2 ?) ? Que penser des pentes qui sont mal enneigées et donc plus exposées en début de saison que au moins d'avril où tout est bien lissé, bien rempli ? Il est vrai que dans ce dernier cas, on rejoint beaucoup la problématique des conditions de neige, non plus à une échelle de temps quotidienne ou hebdomadaire mais saisonnière...
Bref les expériences différentes des juges, leur état d'esprit du moment ("zen ou pas zen ?"), les traditions et références régionales pour l'évaluation, etc. peuvent également provoquer certaines dérives.

A noter que parfois il est tentant de donner une évaluation intermédiaire : "vouiiii c'est plus expo que le couloir Machin mais bon j'ai moins flippé que dans la face N du Mont Truc, alors ça doit être E2+ ? E3- ? E2/E3 ?". Pour l'instant les topos utilisant le système Toponeige évitent ce genre de cotations intermédiaires mais peut-être va-t-on les voir apparaître avec l'usage. Sur Internet c'est déjà parfois le cas...

Enfin dernier point, j'ai souvent l'impression que la cotation E2 est une cotation "fourre-tout". Dés que la pente ne fait plus 15km de large ou qu'un caillou pointe son nez là-bas, on sent l'E1 un peu insuffisant alors qu'en fait on risque pas grand chose mais sait-on jamais ?! L'E1 semble réservé à la pente d'exposition nulle. D'un autre côté le E3, on se dit que c'est déjà chaud. Quand on lit les définitions, y a quand même écrit "mort probable" ! "Heu ce couloir, il est un peu encaissé et pas bien droit et puis y a ce petit ressaut au milieu qui donne pas bien envie de se le manger, ce serait ptet pas l'ultime gamelle mais c'est pas bien rassurant. C'est un bon E2 mais le E3 est tentant..." En fait j'ai la sensation que la plage d'utilisation du E2 est assez vaste : ça va du rocher un peu mal placé à la petite barre, en passant par le petit goulet...
D'un côté le E1 débonnaire, de l'autre les E3 et E4 pas cools du tout et au milieu le E2 qui ramasse tout le reste. A ce demander s'il n'y a pas un niveau qui manque ou en trop ?? Peut-être qu'il devrait y avoir un niveau E0 qui serait la pente coolos absolue, le E1 pouvant présenter quelques petits obstacles et donc reprendrait une partie du E2 ? Ou bien on pourrait envisager de fusionner E3 et E4. De toutes façons avec ces expositions on a pas du tout envie de s'en mettre une, mais alors pas du tout. Tiens au fait un système à 3 niveaux d'exposition, ça me rappelle un certain non-Toponeige...

Vos commentaires (7)

Voilà enfin l'article sur les cotations que j'envisageais d'écrire en cette fin d'hiver! Merci alex, ça m'évitera de suer devant mon clavier. A croire qu'il y a des transmissions de pensées!

Ca ne m'étonne pas trop. Le "E4 mais peu oppressant" du paragraphe "visibilité du danger" est une citation de mémoire d'un des compte-rendus de sortie du Nimp'Crew sur Skirando.c2c. Je pense qu'effectivement la plupart des gens sont plus impressionnés (ou pas) par ce qu'ils voient que par ce qui est vraiment.

Parceque dans l'action, ce que tu perçois est ce qui conditionne le plus souvent ce que tu feras et donc ce qui sera! (cqfd).
D'autre part, pour ma cervelle, quand j'ai le cul au dessus du vide-ordure, la causalité est flagrante, pas besoin de réflechir. Si le vide ne se voit pas, il faut travailler du ciboulot pour arriver aux mêmes conclusions. Et comme l'air est rare dans nos hauts zé vertigineux couloirs, nos deux neurones sont en grève! (re cqfd!)

La cotation d’exposition est une information à relativiser. E1, si tout va bien tu peux te gaufrer sans dommages vitaux, E2, gaffe tu vas te faire mal, E3, si tu t’en sort tu as de la chance… Ensuite, comme tu le dis, ça reste à apprécier en fonction des circonstances du terrain. Cette cotation est bien suffisante comme ça, et lorsque l’on fait des courses E3 et fortiori en E4, on a déjà un bon bagage de pentes raides et on a suffisamment d’autonomie pour savoir à quoi s’en tenir sans avoir à se faire préciser « attention sur ces 10 mètres c’est E3++, et puis la section de 12 mètres qui suit après la chicane c’est E5-+-+oppressant--…. ». Et de toute manière, dans ces niveaux de difficultés, généralement tu remontes la pente au préalable ce qui doit te permettre d’évaluer les risques par rapport à ton niveau ski et donc de décider si tu redescends par le même chemin ou pas.

Quand tu cotes et que tu as un doute et que tu hésites entre E2 et E3 et bien, dans le doute, tu mets E3 (dans un principe de précaution pour employer une expression à la mode), ce n’est pas bien grave et personne ne t’en voudra. Le E2 fourre tout, peut-être, dans la même mesure que la cotation D est un fourre tout, soit parce que l’on a honte d’avouer que ce n’est qu’un petit AD+, soit parce qu’au contraire l’on a peur d’être pris pour un prétentieux en annonçant un petit TD. Mais c’est loin d’être sûr. C’est peut être surtout parce que les pentes « clean »sans gros obstacles ne sont pas si fréquentes que ça. Dans tous les cas, n’oublions pas qu’un E1 raide peut se transformer, lorsqu’il est en neige dure, en un redoutable E3. Donc au final, il ne faut pas chercher à donner à la cotation d’exposition plus de valeur et de précision qu’elle n’a et ne peut en avoir. C’est une indication, sans plus, l’appréciation sur le terrain restant essentielle.

"n’oublions pas qu’un E1 raide peut se transformer, lorsqu’il est en neige dure, en un redoutable E3"

Sans vouloir être tatillon, les conditions de neige n'interviennent pas dans le chiffrage de l'exposition. A part si la neige en fondant ou en s'entassant fait apparaitre ou disparaitre des irrégularités de terrain (rochers, petites barres) - d'où l'interêt d'une cotation pas trop précise quand même - un E1 ne passera jamais en E3 même s'il est en glace. J'imagine que la cotation d'exposition est donnée, comme pour la cotation technique, en conditions de neige standards (neige transformée).

Les cotations se doivent d'être fixes et indépendantes des conditions de neige. Comme je l'explique dans l'article, l'évaluation finale de la difficulté d'une descente se fait en combinant la cotation ski, l'exposition (infos fixes et souvent données dans les topos) et les conditions de neige du moment.
Il faudrait également ajouter les conditions du skieur (la marge par rapport à son niveau technique habituel, s'il aime ce type de neige, son matos, la fatigue...) mais là on s'en sort plus et ce n'est pas très intéressant pour d'autres skieurs.

Par conséquent ça me semble aberrant quand je lis dans des compte-rendus de sortie "avec les conditions rencontrées ça vaut 4.2" ou "pente exposée par neige dure".

Comme je n’oserais pas prétendre que tu es tatillon, alors disons que j’ai un sérieux problème d’expression. ;-)

Alors « n’oublions pas qu’un E1 raide peut se transformer, lorsqu’il est en neige dure, en un redoutable E3 » doit se comprendre comme :
« au niveau du résultat corporel sur un humain de constitution organique traditionnelle, en cas de chute malencontreuse, n’oublions pas qu’un E1 doté d’une inclinaison raide peut se transformer, lorsqu’il est en neige de composition dure, en un redoutable E3 même s’il est, doit je encore le souligner, bien entendu que le sus E1 restera un misérable E1 même en neige dure et qu’un E3 (un vrai celui là) restera un démoniaque E3 même en grosse poudre profonde qui colle ». Voilà, ça veut dire la même chose mais c’est plus long.

Quant à l’indépendance des cotations en fonction de la neige et de l’age du capitaine on est tous d’accord. C’est bien comme en escalade. Un 7 par 0° ou 30°, au niveau du clou ou 15 mètres au-dessus, que tu aies picolé la veille ou pas, avec tes chaussons fétiches ou pas, les yeux bandés et avec une main dans le dos ça reste un 7. Il est juste plus dur à apprécier et il est d’autant plus oppressant que t’es près de ton niveau limite.

>Par conséquent ça me semble aberrant quand je lis >dans des compte-rendus de sortie "avec les conditions >rencontrées ça vaut 4.2" ou "pente exposée par neige >dure".

Aberrant : oui et non !!!!!!

Aberrant Oui puisque la cotat° est indépendante des conditions nivo mais tout le monde n'est pas rédacteur de topos et arrive à faire abstraction des conditions d'où

Aberrant Non car comme dit casscroot "ce que tu perçois est ce qui conditionne "
>> en grosse poudre un 5.x paraît débonnaire et donc équivaut à un 4.2 (cf tableau correspondance cotat° condit° nivo dans les toponeiges)
>> une pente débonnaire finissant sur une petit barre ne paraâit pas du tout expo en condition normale mais en neige dure vitrifiée ça fait hyper expo...


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