Pointe de Nantaux : Couloir E
Au départ ce couloir s'était un peu esquivé devant notre attention et c'est seulement quand on a signalé à Wahil des traces dedans qu'il s'est rappelé à nous. Une première tentative dans la tourmente fut repoussée (heureusement !) au pied de la ligne par de la neige instable et des petites plaques de mauvais augures. 15 jours plus tard nous refaisons une tentative, persuadés que la pente ne dépasse pas 40-45°. Nous voici donc fleur au piolet en train de remonter le couloir inférieur. La pente se redresse et vite le clinomètre s'affole : presque 50... 50... 50° dépassés ! De plus l'enchevêtrement de barres, rochers et pentes de neige de la partie inférieure rend vite le parcours exposé. La vision des autres bien au dessus ou bien en dessous commence à m'impressionner !
Arrivés à la croix sommitale, personne ne parle... On ne s'attendait pas à une ligne si soutenue. D'autant plus que l'ambiance est austère : la vue plongeante dans la face W est oppressante, tout comme dans la face N. Un moment je pense renoncer et en vient presqu'à espérer que les autres vont se débiner pour avoir une bonne excuse d'en faire autant. Bizarrement pourtant, mon état d'esprit change sans que je ne m'en rende compte et je reprends mon calme. Finalement, quand Wahil, déterminé, s'exclame "Allez les bouboux, faut pas trainer sinon ça va regeler" (la face E repassait à l'ombre), je n'ai plus aucun doute : c'est par là que je descends.
Les premiers virages sont assez cools puis on aborde le couloir, large mais bien raide et fuyant. Finalement la neige n'est pas si croutée que j'en avais l'impression en montant, et ça skie plutôt bien même si on reste prudent. Un sentiment un peu contradictoire m'envahit : la pente ne me semble plus si raide qu'à la montée et tout me dit que c'est "pépère" mais les signaux d'alarme de la montée sont toujours là, m'imposant de rester concentré.
Finalement, 2 skieurs apparaissent au pied de la face et nous observent. Ce sont les 2 autres qui ont préféré emprunter la face SE, plus facile et à ce moment en conditions géniales. Mais je ne les reconnais pas, nous les dominons d'encore assez haut et un peu stupidement je ne peux m'empêcher de penser que si nous venons à chuter, nous passerons vraiment pour des manches (!). Du coup je suis encore plus motivé pour soigner le style et ne m'autorise qu'un petit passage en escalier dans une zone en neige béton. Nous retrouvons les autres et d'un coup la pression retombe. J'ai envie de pousser un grand "On l'a fait !" de soulagement et de satisfaction mais une certaine pudeur m'en empêche. Wahil est aussi très enthousiaste ! La suite nous réserve encore une grande satisfaction avec la descente de la face N du Piron de Tavaneuse en poudre fantastique (nous avons cependant dû découper la corniche sommitale à la pelle).
La Pointe de Nantaux est vraiment un sommet royal. Il est bien individualisé, assez sauvage et présente plusieurs itinéraires très sérieux : Face W (TD+), couloirs NW un peu plus au S de l'arête sommitale (D) et donc ce couloir E. La face SE, plus facile, est un échappatoire très intéressant et mérite un détour. Un autre itinéraire difficile semble envisageable mais présente un départ TRES raide et TRES exposé (ça fait réfléchir).
Le couloir E est relativement long (300 à 400m de pentes), bien marqué, raide (moyenne supérieure à 45° avec des sections longues à 50° voire un peu plus). Le bas est un peu complexe d'où une exposition assez importante ainsi que plusieurs possibilités pour l'aborder. L'accès le plus direct est celui du Lac de Montriond mais la montée par le sentier dans la forêt est assez déplaisante : mieux vaut monter depuis Abondance via le Roc de Tavaneuse et poursuivre ensuite par la traversée classique et très belle vers le lac des Plagnes.
- Chablais - Vallée de Morzine
- Départ : 1069m - Arrivée : 2170m - D+/D- : 1100m
- Orientation : E - Pente : 47°/300m dont 50°/150m
- Toponeige : 5.2 E3 - Labande : TD S5
- Plus d'infos : Chablais-Grimpe - Skirando.C2C