Panique chez les Paras
Contrairement à un cliché tenace, la principale cause d'accidents (mortels ou pas) en parachutisme n'est pas le parachute-qui-s'ouvre-pas mais tout bêtement l'atterrissage. Généralement sous une voile en parfait état de vol : collisions entre 2 voiles, turbulences dues à des batiments proches de la zone de poser (vent), dernier virage trop bas et trop appuyé (boum le sol !) pour éviter un obstacle ou pour poser comme une flèche...
Ce constat assez aberrant fait pas mal jaser dans le petit monde du parachutisme. Spécialement en France où le nombre de ces accidents semble plus important que dans les autres pays. Peut-être me trompe-je, mais il me semble que nous avons effectivement une certaine culture du "toujours-plus-petit" qui pousse les pratiquants à vouloir passer le plus vite possible à des petites voiles, plus rapides et maniables mais aussi plus dangereuses. Bref un para est plus fier d'en avoir une petite qu'une grosse !
Du coup la Fédération Française de Parachutisme a récemment décidé de lancer un pavé dans la mare et de publier une nouvelle réglementation régissant la taille minimale de voile qu'un parachutiste aura le droit d'utiliser en fonction de son poids et de son expérience (brevets, nombre de sauts au compteur). Cette mesure me semble assez louable car il est indéniable que beaucoup de monde n'est pas forcément très raisonnable lors de l'achat de son matos et se retrouve au commande d'un petit bolide qu'il ne maitrisera pas forcément dans toutes les situations.
Le hic c'est que la fédé a vraiment eu la main lourde sur ces restrictions. Hier j'étais à l'AG de mon paraclub et j'ai vu ce fameux barême poids/expérience/taille de voile. En parlant avec mes petits camarades, on s'est rendu compte que si ce règlement passait, la moitié du club - au moins - allait se retrouver interdite de sauts. Les plages de progression sont considérablement rallongées et même souvent aberrantes de l'avis de beaucoup de gens d'expérience. Personnellement (278 sauts, 76kg, brevets B2 et C), je devrais faire encore 222 sauts avec une 170 pieds carrés (surface de voile) pour re-sauter avec ma voile actuelle, une 160 avec laquelle j'ai fait déjà 170 sauts. De plus certains critères sont assez discutables. Par exemple, je ne vois pas trop en quoi le brevet C, qui est plutôt un certificat de théorie du larguage, est vraiment pertinent pour juger de la capacité d'un pratiquant à piloter sa voile dans des conditions de sécurité raisonnables pour lui et les autres. De plus à surface égale, tous les modèles ne sont pas équivalents : leur vivacité dépend par exemple de leur forme (elliptique, semi-elliptique, pas du tout elliptique...).
La question de la rétroactivité de cette mesure se pose également. En effet, même si je suis théoriquement "hors-la-loi" avec ma relativement petite voile, je ne l'ai acquise qu'après avis positif du directeur technique de ma dropzone habituelle et mes 170 sauts d'expérience (positive mais aussi parfois négative) avec cette voile ne font pas de moi un complet inapte pour ce matériel. Dernier point important, un parachute représente un investissement de plusieurs milliers d'euros à l'achat. Du coup, si la mesure s'applique sèche et cruelle, tout ceux qui ont acquis leur matériel l'an passé vont se frapper la tête contre le mur. Est-ce vraiment meilleur pour les statistiques d'accidents ? =D
Bref espérons que nos pontes sauront affiner un peu cette mesure et proposer des solutions complémentaires pour améliorer la sécurité sous voile et miser plus sur la prévention / éducation que sur la "répression". J'ai entendu parler de l'éventuelle création d'un brevet spécial pilotage de voile. C'est où qu'on signe ?!