Etre ou ne pas être
C'est à la Verte que l'ont devient montagnard. Célèbre sentence de gaston Rébuffat dans ses Cent plus belles courses du Massif du Mont-Blanc. Ainsi voici la question posée : à partir de quand peut-on se revendiquer de telle ou telle activité ou, plus fort, de tel ou tel "état d'esprit" comme on dit.
Dans le monde du parachutisme, il ne suffit surement pas de faire un tandem pour être considéré comme un parachutiste. Tout au plus arrive-t-on à entrevoir la vraie magie de ce "sport", à comprendre pourquoi, comme on dit aussi, "les oiseaux chantent". D'autant plus que de nombreuses personnes ne font pas vraiment une démarche personnelle vers le parachustisme. Ils sont là pour consommer des sensations, tout comme ils aurait pu le faire en allant faire un saut à l'élastique. En un sens, je me demande si la condition pour "être para" n'est pas simplement la passion ! C'est une activité à forte connotation passionnelle voire obsessionnelle, aspect qu'on retrouve moins dans le tennis par exemple (même si). C'est assez hallucinant d'ailleurs : un para pense para, achète para, parle para et tous ses potes ou presque sont des para !
Pour l'anecdote, j'ai commencé le parachutisme en 2001 aux Etats-Unis alors que je faisais un séjour d'études de 4 mois. Je me souviens qu'alors je marchais la tête en l'air, les yeux perdus dans le bleu (gaffe à la marche !). Un peu avant de rentrer en France, j'avais un peu eu la pression pour boucler ma "A-licence" c'est-à-dire le brevet parachutiste de base et obtenir le fameux matricule. Soit dit en passant c'est une notion complètement ignorée en France alors qu'aux US, être A-39881 (voui je l'ai eu finalement) ou D-truc ou BASE-machin c'est hyper important. Un peu comme un deuxième nom : le nom parachustiste. Don't worry: we'll make you a Skydiver! m'avaient-ils dit le jour de l'examen...
Aujourd'hui pas de soucis, je pense pouvoir effectivement me revendiquer parachustiste : un nombre de sauts relativement conséquent, des brevets, la maitrise du jargon, une home DZ où l'on m'appelle par mon diminutif et même - si vous en doutiez encore - une procédure de secours ! Ce qui est marrant c'est que du coup la question identitaire se reporte un peu plus loin : suis-je un freeflyer ? suis-je...
Pour le parapente j'ai l'impression que c'est plus simple, que je suis parapentiste depuis mon grand premier vol solo malgré mon expérience encore assez neuve. Mais est-ce depuis ce premier vol solo sous la surveillance radio de mon instructeur ? mon premier sans radio ? Probablement peut-être mon premier vol en autonomie presque totale : petite montée à pied seul dans la neige, décollage seul malgré le vent peu coopératif (et toutes les questions qui vont avec : les conditions sont-elles trop fortes pour moi ? vais-je me manger le petit chalet un peu en contrebas ?), vol seul, tranquille dans mon siège là-haut loin du sol, poser seul, rentrée seul le long de la route avec ce gros sac si caractèristique sur le dos dont je suis - dans le fond - si fier malgré son côté un peu ridicule. Tout un symbole en fait. Un signe de ralliement, une marque d'appartenance - même si seulement apparente - aux yeux des autres. Oui je suis parapentiste. Débutant mais parapentiste !