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Patrimoine à la dérive
Les gens de la montagne sont-ils conscients de la valeur de leur patrimoine ? Pas toujours évident de répondre oui. Bien-sûr il y a le gachis du patrimoine naturel petit à petit grignoté par les remontées mécaniques et équipements touristiques qui vient à l'esprit. Mais ce n'est qu'une partie émergée de l'iceberg. Depuis quelques années que je parcours la montagne du Chablais, je m'attriste toujours un peu plus devant un autre gachis moins spectaculaire mais tout aussi pernicieux : la disparition progressive des vieux chalets de montagne et un peu du patrimoine architectural et culturel en général.
De mémoire, dans la vallée d'Abondance je peux citer un certain nombre de vieux chalets qui ont disparu. Une lente hécatombe qui se poursuit tous les ans et aux motifs divers : incendies (accidents ? criminels ?), tempêtes, abandons, pourrissements, destructions "économiques" voire... délocalisation !
Au chapitre des incendies, citons le chalet de Sur Bayard vers la Chapelle d'Abondance - encore sur la carte et dans mes souvenirs de 1999 je crois mais plus dans ceux de 2003 -, le restaurant d'alpage "L'Etable" à Chevenne - dommage pour ce chalet sympa et la cuisine délicieuse - et tout récemment le chalet de Leschaux sur le Mont de Grange à Abondance. Concernant ce dernier, sa disparition est très récente puisqu'il était encore intact début juillet mais réduit à un (petit) tas de poutres calcinées et de tôles tordues et noircies lors de mon passage il y a une semaine. La ligne HT qui passe presque juste au dessus a dû avoir chaud !
Autres coupables, les tempêtes qui, aggravées par l'état d'abandon et le manque d'entretien de certains chalets, provoquent l'arrachement du toit. Si rien n'est fait alors, l'agonie de la maison est rapide : les poutres des magnifiques charpentes anciennes prennent l'humidité, pourissent, s'effondrent, la végétation envahit les sols et les murs qui finissent par s'écrouler. Triste exemple : le chalet du col de l'Enquernaz juste au dessus de chez moi. La tempête de 1999 a eu raison de son toit et, les propriétaires n'ayant rien fait, ce joli chalet apparemment assez sain même si inhabité n'est aujourd'hui presque plus distinguable de la végétation. Sa façade de pierres s'éboulait petit à petit ces dernières années. Autre tragédie en cours : un des chalets de Charmy l'Envers, bien visible au bord de la route quand on monte au parking de Prétairié sous Tavaneuse. La moitié du chalet s'est effondrée et le reste ne vaut guère mieux. Un stigmate de la honte, même pas caché...
Last but not least, certains anciens chalets, parfois plusieurs fois centenaires - le notre date de 1782 - sont démontés pour être "reconstruits" en parpaings et pas toujours habillés ou crépis. Les vieilles parois en bois finissent alors en bois de chauffage. Ne parlons pas du fléau des tôles ondulées souvent rouilées qui ont remplacé les tavaillons en bois. Heureusement le phénomène des tôles semble s'inverser avec l'arrivée sur le marché de toitures métalliques certes mais plus élégantes et pérennes. Il est vrai que les vieux chalets sont souvent des symboles d'inconfort et de vétusté pour les gens du pays qui leur préfèrent les avantages de maisons modernes. Certains ont même vendu leur vieille maison pour une bouchée de pain et une aide à la resconstruction en neuf. Les vieux matériaux étant alors transportés par camion vers d'autres vallées. Il me semble par exemple que les "Fermes de Marie" - hotel de luxe dans la station Jet-set de Megève - ont été construits en partie avec des éléments venant de la vallée d'Abondance. Il faut bien admettre que le résultat est très réussi.
Pourtant beaucoup de personnes sont étonnés devant le résultat de rénovations réussies - et pas forcément par des gens aisés venus d'ailleurs. Espérons que la prise de conscience ne soit pas trop tardive car on observe une nette tendance de nouvelles constructions, souvent des résidences secondaires, à l'architecture récente et sans caractère style petits chalets-sapins de Noël comme on les imagine à Paris à moins que ce ne soit des chalets en rondins canadiens mais fabriqués en Pologne. Au détriment des vrais chalets du coin et de l'architecture authentique de la vallée, malheureusement...
Vos commentaires (8)
>à l'architecture récente et sans caractère style petits chalets-sapins de Noël comme on les imagine à Paris à moins que ce ne soit des chalets en rondins canadiens mais fabriqués en Pologne. Au détriment des vrais chalets du coin et de l'architecture authentique de la vallée, malheureusement...
Bien d’accord, dans le genre, Essert Romand offre quelques beaux spécimens de cette dérive.
A ce sujet, si l'un de ces chalets au bord de la ruine était à vendre pour une bouchée de pain, avec quelques amis, nous nous ferions un plaisir de le restaurer... ;-)
Mais ne préfère-t-on pas laisser s'écrouler plutôt que de s'en séparer?
Si l'un d'entre vous a des infos...
> Mais ne préfère-t-on pas laisser s'écrouler plutôt que de s'en séparer?
Je crois que tu mets dans le mille, Manu ! Beaucoup de gens du pays sont réticents à vendre leur bien à des étrangers (cad des gens pas de la vallée =D ) quitte, comme tu dis, à les laisser à l'abandon. :(
> Beaucoup de gens du pays sont réticents à vendre leur bien à des étrangers
Tu crois ? J'avais cru comprendre que c'était plutôt des problèmes d’indivision qui étaient souvent à l’origine des nombreuses ruines.
> J'avais cru comprendre que c'était plutôt des problèmes d’indivision qui étaient souvent à l’origine des nombreuses ruines.
Oui, aussi ! C'est pas gagné ! :(
Quel gâchis en effet ce patrimoine qui fout le camp mais la faute à qui ? les propriétaires en premier qui n'ont peut être pas les moyens de restaurer et qui ne veulent surtout pas vendre, un peu comme ces savoyards bien de chez nous qui préfèrent laisser pourrir leurs épaves près de chez eux plutôt que les mener à la casse !
bon hiver à tous et bonnes randos
je confirme l'analyse d'Alex S. qui est trés justeet bien argumentée, les remarques de Wahil sont aussi judicieuses...la faute aux proprietaires..oui..qui,svt préfèrent voir leur patrimoine pourir sur place et ne pas le vendre"aux étrangers"..est étranger tte personne n'appartenant pas à la communauté villageoise ou est situé le dit "bien immobilier"....ce qui limite la reprise du "chalet" qui donc a tte chance de finir coe compost dans l'environnement...les chablaisiens proprietaires ont aussi bcp vendu..voir les vallées de Morzine et d'Abondance....il est donc difficile de leur repprocher 1 chose et son contraire...je confirme le démontage des vieux bois de nos mazots ou chalets pour etre intégrés dans les "chalets cossus de la jet set de Megève" c'est le must..voir la ferme de mon pére de M. Veyrat construite en partie coe cela...qd on sait que ce cuistot très toqué( surtt de lui meme,pour trouver 1 mec + narcissique il faut aller chercher lion) se pique d'etre protecteur du patimoine humain et naturel ht savoyard( c'est le concept de" la ferme de mon père" ) on en reste " baba""...ainsi va notre notre "Hiaute" c.a.d. bien mal....Les Anglais et autres étrangers qui ont "tout acheté" à Morzine et aux Gets restaure parfois mieux le patrimoine architectural que les gens du cru qui reste parfois de vrai "patier"( cf ds certains coins du val d'Abondance que je ne citerais pas par courtoisie )...j'ajoute enfin que j'ai vu dans les années 80 construire le télèsiege des Brocheaux sur les chalets du m. nom qu'on a rasés( voir l'excéllent docu. de la T.S.R. des années 80 "Rasez les Alpes je fais du ski" par BERNARD MERMOD )...Les locaux, je le dis svt, sont les 1ers à massacrer leur patrimoine architectural ou à le vendre aux + offrants...La socièté des remontées mécaniques de Morzine-Avoriaz avec le "système des PORTES DU SOLEIL a bcp détruit le patrimoine architectural du Chablais......
Assez d'accord avec l'analyse ci-dessus:
- certains propio préfèrent laisser crouler leur bien que l'entretenir, mais, à leur décharge, ils sont agriculteurs en majorité et n'ont ni le temps ni l'argent. D'autres se méfient des "étrangers", mais avec le retour des jeunes qui ont bien bourlingué à la recherche de travail, c'est en train de changer.
- la faute aussi aux agences immobilières qui font honteusement grimper les prix.
- nous retapons une ferme bicentenaire en Savoie (prévoir le double du prix d'achat pour une rénovation simple apportant le confort actuel. Le Beaufortain, le val d'Arly, la Tarentaize sont devenus inabordables financièrement et les agences sont en train de mettre le grappin sur les flancs orientaux des Bauges où subsistent encore la qualité de l'accueil et l'authenticité d'origine, car ce n'est pas à proximité immédiate d'une grande station de ski. Mais pour combien de temps?
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