T-A TA
J'ai longtemps cru - naïvement - que les défenseurs du terrain d'aventure le faisaient par idéal écologique. Pour défendre la montagne contre le ferraillage de ses parois, contre la construction de ce que certains d'entre eux comparent à de véritables vias ferratas. Je pensais qu'ils se souciaient des conséquences souvent irréversibles de l'équipement des voies et de leur fréquentation parfois importante : patinage du rocher, nettoyage musclé des roches branlantes, des branches et des touffes d'herbes mal placées, traces blanches sous les plaquettes, multiples trous de chevilles après un certain nombre de rééquipements et parfois - j'en frémis - prises taillées ! Bref qu'ils s'élevaient contre l'aménagement quasi autoroutier du rocher, contre la désertification/dénaturalisation/aseptisation (rayez la mention inutile) des voies.
C'est surement vrai pour beaucoup d'entre eux. Mais soyons honnêtes. L'action de l'homme lors de l'ouverture ou du parcours d'une voie relève plutôt de la piqure de moustique sur le dos d'un éléphant. Mis à part certains véritables chantiers de travaux publiques limites radioactifs par leur densité métallique, les voies d'escalades dites "modernes" (vaste sujet de dissertation que cette notion de modernité) sont généralement assez discrètes. En tous cas à l'échelle de la montagne. Enfin bon, j'ai l'impression qu'on manque encore un peu de recul, l'ère de l'équipement systématique des voies montagne étant encore assez jeune. On voit cependant déjà pointer quelques questions éthiques du genre "propriété morale" des voies par leurs ouvreurs, rééquipement, etc.
Un débat sur le forum d'escalade.c2c m'a ouvert les yeux. C'était il y a déjà quelques temps. On était alors en train de s'étriper à propos - il me semble - de l'éternelle question des prises taillées et ça avait du dévier vers l'autre éternelle question du terrain d'aventure. Quelques échanges de messages avec Claude Helmstetter m'avait alors fait prendre conscience que le graal du terrain d'aventure n'était pas la préservation de la nature mais bien la défense de... l'aventure ! Bon sang mais c'est bien sûr ! Bah oui, j'étais pas dégourdi et je n'y avais jusque là pas vraiment pensé. Pour ma décharge il faut préciser que je ne pratiquais quasiment pas le TA - pas vraiment plus aujourd'hui d'ailleurs - et que pour moi grimper un mètre au dessus du spit de 12mm, c'était déjà pas mal l'aventure - toujours un peu aujourd'hui d'ailleurs.
Comme disait Bubu dans une discussion récente, il s'agit pas mal d'une question d'éducation. Quand on est né dans l'ère de l'escalade moderne, où les voies sont toutes cuites, toutes tracées, où les points sont déjà placés - y a plus qu'à mousquetonner - d'ailleurs comble de l'évolution de la pratique maintenant on grimpe en falaise avec les paires déjà en place. Bref disais-je, quand on n'a connu que l'escalade dite sportive, on ne se pose pas forcément la question d'une autre approche, d'une autre pratique dans le même terrain de jeux. D'ailleurs le rééquipement des voies anciennes aux "normes actuelles" répond un peu à cette tendance : avant c'était comme ça, maintenant c'est comme ci. Par habitude, par méconnaissance, par inconscience. D'ailleurs on peut se demander si l'escalade moderne ne va pas elle-même subir le sort qu'elle semble réserver au terrain d'aventure. En effet la demande dans le domaine des vias ferratas paraît croître sans cesse. Chaque année s'en ouvre des nouvelles, chaque station veut la sienne. Et pas forcément dans des endroits inintéressants pour l'escalade. Bref là où les grimpeurs de TA se lamentaient de trouver un spit près d'une belle fissure à friend, bientôt on se lamentera de trouver un cable en acier et des échelons ! Surenchère infernale !
Je me fais quand même du soucis pour les équipeurs de demain ! Non pas à cause d'un hypthétique épuisement du potentiel rocheux mais plutôt pour leurs dos. En effet un sac à dos rempli de plaquettes et d'une perceuse c'est déjà lourd mais si bientôt il faut se coltiner les barreaux et le rouleau de cable, ça va faire mal ! ;)