Topo Mont Blanc et Aiguilles Rouges à ski
Le nouveau topo de ski-alpinisme dans les massifs du Mont Blanc et des Aiguilles Rouges par Anselme Baud est sorti à la fin de l'année 2002.
Malgré sa notoriété et la grande quantité d'itinéraires exceptionnels qui y sont répertoriés, le massif du Mont Blanc souffrait d'une certaine atrophie documentaire concernant la pratique du ski-alpinisme. Il existait bien quelques recueils tels que le tome haut-savoyard de la très célèbre collection des "100 plus belles à ski" (Ed. Denoël - 1981) mais ceux-ci commencaient à dater. Le topoguide de François Labande "Ski de Randonnée Mont Blanc - Haute Savoie" (Ed. Olizane - 1989) décrivait bien un certain nombre d'itinéraires du massif mais restait malgré tout assez vague concernant les courses peu classiques et celles dites extrêmes.
Avec son topoguide "Mont Blanc et Aiguilles Rouges à ski" paru en novembre 2002 aux Editions Nevicata, Anselme Baud a souhaité combler cette lacune intolérable en proposant un ouvrage se voulant quasiment exhaustif à la manière des Guides Vallot.
Un topo à la mode Toponeige...
La lecture de l'avant-propos du livre nous éclaire quant à la motivation de l'auteur de s'atteler à un tel labeur titanesque et explique qu'originellement ce topoguide était destiné à faire partie de la collection Toponeige éditée par Volodia Shahshahani. Cette filiation se retrouve distinctement dans la répartition des courses et leur description. Ainsi les premières pages sont consacrées, comme dans les Toponeige, à des explications et conseils concernant l'évaluation des conditions, des pentes, de la météo ainsi que la description du massif, des techniques de ski en pente raide (le ton est donné !), des techniques d'alpinisme élémentaires. De même la difficulté techniques des pentes est évaluée à l'aide de l'échelle Toponeige comportant 4 niveaux (de 1 à 4) ainsi qu'un niveau 5 ouvert vers le haut.
Autre point de ressemblance, les itinéraires sont regroupés autour d'une course principale qui se voit attribuer un numéro tandis que les variantes sont répertoriées à l'aide d'une lettre apposée au numéro de l'itinéraire principal (ex : 43a, 43b, 43c...). Des photos comportant les tracés en surimpression illustrent chaque description. Enfin, comme dans les Toponeiges, l'auteur ajoutent des commentaires personnels apportant une évaluation qualitative de la course ou bien des éclaircissements historiques.
... mais tout de même d'un nouveau type
La parenté s'arrête là car Anselme Baud a choisi d'utiliser un format proche de celui des topos Labande, moins pratique pour l'emporter dans le sac mais autorisant une lecture plus facile au chaud à la maison. De plus, si la cotation technique est inchangée par rapport aux Toponeiges, l'évaluation de l'exposition a été simplifiée en adoptant une échelle à 3 niveaux (au lieu de 4) qu'on pourrait décrire comme suit : "pas de danger, c'est tout cool", "ouh là, gaffe quand même" et enfin "n'y pensez même pas !". Enfin la cotation de montée, pas des plus utiles vu qu'en général la descente à ski est plus délicate que la montée à pied, a été remplacé avantageusement par une cotation d'ensemble calquée sur celle de François Labande qui lui-même avait transposé les cotations alpines de Willo Welzenbach (de F à ABO).
Un topo assez orienté pentes raides
La première lecture de l'ouvrage peut engendrer chez certains (en tous cas chez moi) une nette tension nerveuse. En effet un grand nombre de courses décrites se situent dans un niveau de difficulté élevé. La configuration du massif est sans doute responsable en grande partie de cette orientation "pente raide" du topo mais on peut aussi subodorer que le gout prononcé de l'auteur pour les descentes difficiles n'y est pas non plus étranger. On remarquera tout de même que certaines pentes extrêmement difficiles sont volontairement laissées de coté. Par exemple : la descente du Linceul aux Grandes Jorasses ne me semble pas y être décrite, la descente du Nant Blanc à l'Aiguille Verte est marquée absente également. Personnellement je déplore cette lacune car s'il est vrai qu'il est impossible de répertorier avec précision et fiabilité toutes les descentes d'un massif tel que celui du Mont Blanc et que ces courses sont ne sont accessibles qu'à une très faible minorité des lecteurs potentiels, on reste un peu sur sa faim et aussi un peu frustré devant ces vagues flèches mystérieuses sur les photos.
Pas mal d'images mais parfois un peu ternes
On appréciera le grand nombre d'images qui d'une part rendent la mise en page agréable et d'autre part apportent des informations précieuses sur les itinéraires (plans d'ensemble, gros plans, tracés...). En revanche, malgré quelques très belles photos, la qualité de ces images laissent parfois un peu à désirer car en général un peu ternes ou vieilles (bon ok certaines ont été prises au cours des premières, souvent vers la fin des années 70, ça donne une touche historique) ou pas très bien numérisées. On conviendra que pour un usage topoguide, ca reste raisonnable.
Des cotations surprenantes...
Si globalement j'ai une bonne appréciation sur le livre, j'ai encore beaucoup de mal à accepter certaines cotations, allant parfois jusqu'à me poser des questions sur leur crédibilité.
Tout d'abord on regrettera que chaque pente ne se soit pas vue gratifiée du tryptique cotation technique / danger / cotation d'ensemble. Ensuite l'évaluation de la pente est souvent insuffisante en n'indiquant que la longueur de la section la plus raide. Par exemple le couloir Couturier à l'Aiguille Verte est affublé d'un malheureux 55°/300m laissant de coté les 45°/300m supérieurs et les 50°/300m inférieurs !!! Bref on pourra reprocher un certain manque de rigueur et une imprécision dommageable pour l'évaluation de la difficulté.
Ensuite certains itinéraires ont vu leur cotation évoluer par rapport aux ouvrages précédents - jusque là pas de problême. Pourtant certains changements paraissent un peu louches. On pourra citer le Glacier Rond à l'Aiguille du Midi qui passe à 4.2/D avec 45-50°/800m. D'une part il me semble que c'est plutot 40-45° et surtout qu'avec des pentes comme ça on tape plutôt dans le 5.1. Autre exemple encore plus marquant : la face N de Bionnassay (par la voie Saudan), on lit 5.1/D pour 50°/800m avec danger 3 !!! Ca me semble bien sous-coté. En contre-partie, un grand nombre d'itinéraires ont des cotations technique et d'ensemble plus classiques qui prouvent qu'il ne s'agit pas d'un système de cotation complètement nouveau (ce qui serait stupide vu que les lecteurs ne s'y retrouveraient plus). Finalement je reste assez perplexe et parfois un peu dubitatif. Remarquez je suis plutot content : le Spencer est passé à 4.3/D/danger 2. C'est sur, j'y vais au printemps prochain ! ;D
Les Aiguilles Rouges, massif assez couvert ???
Si la partie traitant du massif du Mont Blanc est assez bien fournie, je suis resté sur ma faim en ce qui concerne la partie relative aux Aiguilles Rouges. Ca parait un peu baclé quand même et un certain nombre d'itinéraires sont passés à la trappe. A mon sens, c'est une erreur d'avoir voulu traiter de ce massif bien distinct qui mériterait un topo à lui tout seul ou plutot en association avec les autres massifs du Nord de la Haute Savoie, le Faucigny et le Chablais. A propos, Monsieur Baud, j'ai cru flairer un sous-entendu à propos d'un futur topoguide consacré au Chablais. Me trompe-je ??
"Mont Blanc et Aiguilles Rouges à ski", par Anselme Baud aux Editions Nevicata. 2002, 287 pages, 28.5 euros au Vieux Campeur de Thonon.